15 février 2021

 

C’est un événement, l’inflation devrait faire son retour en 2021. Portée disparue depuis des années malgré les taux négatifs et les rachats d’actifs massifs, c’est finalement la Covid-19 qui va réussir où les banquiers centraux ont échoué.

 

Alors que des politiques monétaires ultra accommodantes n’ont pas permis de générer de l’inflation, le brutal coup d’arrêt de l’économie mondiale provoqué par le virus au printemps 2020 semble en passe de le faire.

 

 

Comment expliquer ce retour tant attendu ?

Aux États-Unis comme en Europe, le rebond de l’inflation fait peu de doutes et les raisons sont avant tout techniques. Les confinements sévères de mars et avril dernier ont stoppé net l’activité économique. La demande de nombreux produits ou services a chuté, créant d’importants déséquilibres entre offre et demande. Un an plus tard, alors que l’inflation est observée sur une base annuelle, les données comparables seront donc particulièrement favorables aux premier et deuxième trimestres 2021, alors même qu’un rattrapage de la consommation des ménages et des investissements des entreprises est attendu.

 

Des facteurs plus ponctuels entrent également en ligne de compte. L’Allemagne est, par exemple, revenue à un taux de TVA normalisé de 19 % en janvier 2021 contre 16 % depuis six mois. La pandémie a en outre perturbé le fonctionnement du commerce international et des chaînes logistiques avec pour effet l’envolée des coûts du fret et la création de goulots d’étranglement qui entraîneront ponctuellement des tensions sur les prix.

 

A cela s’ajoute un cours du pétrole qui a plus que triplé, de moins de 20 dollars en avril dernier à plus de 60 dollars début février. Les prix des matières premières ont globalement été portés par la reprise rapide en Chine, l’anticipation d’une normalisation des autres grandes économies et la faiblesse du dollar. Les indices de prix seront aussi soutenus ces prochains mois par le sursaut de la demande une fois les mesures de confinement levées, d’autant plus que les politiques budgétaires et monétaires resteront très expansionnistes.

Un phénomène durable ou transitoire ?

Inévitable, le rebond de l’inflation ne semble pourtant pas durable. Les banquiers centraux n’ont pas atteint leur cible d’inflation ces dernières années et il est peu probable que la pandémie puisse inverser la tendance sur le long terme. Une fois ces éléments techniques et transitoires passés, un retour progressif à un régime inflationniste mesuré inférieur à 2 % – cible fixée par les principales banques centrales mondiales – apparaît comme le scenario le plus plausible.

 

La pandémie laissera des traces sur les économies pendant encore plusieurs trimestres. Les taux d’utilisation des capacités de production et le chômage resteront éloignés de leurs niveaux pré-coronavirus. Le rebond des matières premières semble en partie consommé. En Europe, la vigueur de l’euro pourrait jouer contre un rebond plus structurel. Une monnaie forte limite l’effet inflationniste des importations et resserre les conditions financières avec une moindre compétitivité des exportations régionales et un rebond plus modéré de la croissance économique.

 

Aux États-Unis, le regain inflationniste pourrait néanmoins se révéler plus marqué. D’abord car le dollar a perdu plus de 12 % en un an face à un panier de devises. Ensuite en raison du plan de relance massif de 1 900 milliards de dollars initié par Joe Biden. Le rebond de l’économie américaine pourrait être plus puissant qu’escompté ce qui créerait des tensions inflationnistes potentiellement plus fortes et pour une durée plus longue.

Les banques centrales devront-elles modifier leur politique monétaire ?

Nul doute que les données d’inflation des prochains mois seront donc scrutées et elles pourraient apporter de la volatilité sur les marchés. Les banquiers centraux semblent toutefois résolus à faire redescendre les craintes d’un resserrement monétaire précoce et inattendu. Ils voudront sûrement éviter de revivre l’épisode de 2013 lorsque la Fed avait laissé entendre que la bonne santé de l’économie américaine pourrait justifier une réduction de son programme de rachats d’actifs. Cela avait fait passer en quatre mois les taux à dix ans américains de 1,6 % à plus de 3 % et contribué de fait à un durcissement des conditions financières.

 

Mais cette fois-ci, les autorités monétaires sont prêtes à accepter une inflation momentanément supérieure à 2 %, à condition qu’elle reste sous contrôle. D’abord parce que leur diagnostic actuel est celui d’un phénomène conjoncturel et non structurel qui reflète une économie mondiale qui renoue progressivement avec ses niveaux pré-pandémiques. Ensuite, parce que leur approche de l’inflation a évolué. La Fed s’est ainsi donné les moyens de maintenir une politique monétaire très souple, même si l’inflation s’élève pendant plusieurs mois au-delà des 2 %.

Comment profiter de cet épisode inflationniste sur les marchés financiers ?

Cette séquence inflationniste de quelques mois qui se profile avec l’aval des banques centrales va permettre une repentification de la courbe des taux et offrir des opportunités sur les marchés financiers. D’un côté, la poursuite de politiques monétaires très accommodantes maintiendra les taux courts à des niveaux bas. De l’autre, les anticipations d’inflation et de croissance économique alors que les gouvernements du monde entier multiplient les plans de relance devraient faire monter la partie longue de la courbe. Ce phénomène est d’ailleurs déjà observable, surtout aux États-Unis.

 

Dans un tel scenario, les valeurs décotées (value) tendent à surperformer les entreprises de croissance (growth). Les premières bénéficieront d’un effet rattrapage relativement plus puissant dans le rebond de l’économie par rapport aux secondes qui ont mieux traversé la crise économique et sanitaire. Les banques pourraient notamment tirer leur épingle du jeu car, en plus d’être décotées, elles sont particulièrement sensibles aux mouvements des taux d’intérêt. En effet, elles se financent à court terme (via les dépôts ou sur les marchés) et prêtent à long terme aux ménages et aux entreprises. Avec une repentification de la courbe des taux, elles pourraient ainsi voir la pression que subissent leurs marges depuis de nombreuses années se relâcher pendant un certain temps.

 

Sur le segment obligataire, pour se prémunir de la hausse des taux nominaux, il conviendra de réduire l’exposition aux titres souverains et à la duration. En effet, ces derniers souffriront le plus dans les phases de hausses de taux. Dans ce cadre, dans une poche obligataire, les titres qui progressent dans les phases de croissance de l’économie sont à privilégier (obligations d’entreprises, obligations indexées sur les taux longs et sur l’inflation…). A moyen terme, une remontée progressive des taux d’intérêts sera également une opportunité pour les marchés obligataires puisqu’elle permettra de retrouver des rendements plus attractifs.

 

L’inflation devrait donc rebondir en 2021. Elle va probablement s’approcher des 2 % en Europe et même dépasser nettement ce seuil pour quelques mois aux États-Unis. Mais cet événement ne doit pas pour autant surprendre les marchés. De la même manière, les banquiers centraux n’apparaissent pas enclins à sur-réagir à une poussée inflationniste transitoire et multiplient les sorties visant à affirmer le biais très accommodant de leurs politiques. Sauf dérapage inattendu et prolongé en provenance des États-Unis, le retour de l’inflation doit surtout être vu comme une bonne nouvelle, synonyme d’un retour progressif à la normale, d’un rebond marqué de l’activité économique depuis les points bas de 2020 et d’une dynamique positive pour les résultats des entreprises à mesure que la visibilité reviendra.

 

Consulter le site Meeschaert Gestion Privée.