12 décembre 2019

 

Année après année, la valeur de la monnaie européenne s’est ensuite progressivement dégradée, à mesure que l’économie américaine montrait sa capacité à rebondir rapidement, pendant que la zone euro s’enfonçait dans un marasme en partie provoqué par sa devise.

 

Rappelons-nous un des reproches essentiels fait à la monnaie unique depuis longtemps : une monnaie est supposée être une variable d’ajustement pour les pays en difficultés.

 

Avant l’Euro  ces derniers voyaient leurs devises se dévaluer, améliorant ainsi leur compétitivité. Avec un euro logiquement soutenu par les pays les plus puissants et les plus influents, les plus faibles (comme la Grèce) se retrouvaient avec une économie vacillante, enfoncée par une monnaie forte. La cerise, amère, sur le gâteau était l’endettement en euros, qui ne bénéficiait pas d’un affaiblissement de la devise.

 

 

 

Depuis 2008, la parité euro/dollar est rarement stable très longtemps. Les mouvements dépassent en général allègrement les 20 centimes (- 30 en 2008, + 25 en 2009, – 30 en 2010, etc.). Depuis 2015, un seul mouvement a dépassé les 20 centimes, en 2017. La volatilité semble donc avoir disparu.

 

Un des principaux moteurs de l’évolution de la parité de change est l’écart des taux d’intérêt entre deux régions (et pour des zones financières saines, les taux d’intérêt reflètent normalement la force de l’économie) : si les taux d’intérêt sont plus intéressants aux Etats-Unis qu’en Europe, ce qui est le cas, les investisseurs achètent la devise américaine, ce qui fait monter le dollar. Un des meilleurs outils pour tenter d’anticiper les variations de change est donc cet écart de taux appelé « spread ».

 

 

Depuis 2008, dans l’ensemble, cette logique est respectée : l’écart de taux n’a cessé de grandir en faveur des Etats-Unis et de la revalorisation du dollar.

En 2017, cette différence s’est réduite, poussant l’euro à la hausse (il est passé de 1,05 à 1,25). Concrètement, un investisseur positionné sur un actif en dollars perd près de 20 % quand la parité euro/dollar passe de 1,05 à 1,25.

 

Depuis la fin de 2018, l’écart se réduit à nouveau… sans provoquer le renchérissement de la monnaie unique. L’explication se trouve peut-être dans le manque de croissance et les risques politiques qui planent sur l’Europe (Brexit, Italie, Espagne).

 

Les scénarii qui émergent actuellement plaident en faveur d’un rebond économique de la zone euro, qui part de plus bas. Le Brexit pourrait trouver enfin une issue négociée. La poussée de la gauche en Allemagne pourrait aboutir à l’abandon de la sacro-sainte règle du zéro déficit et préluder d’une vague de relances budgétaires dans les pays de l’Union.

 

Dans ce contexte, le risque n’est-il pas une réévaluation de la devise européenne ?

 

Dans l’allocation d’un Européen, la hausse de la monnaie du Vieux Continent présente un risque potentiel puisque l’exposition aux actifs internationaux est le plus souvent effectuée via des produits sensibles au dollar. Ces dernières années, les allocations ont en général bénéficié de l’augmentation de la devise américaine. A l’avenir, la baisse du dollar peut générer un impact négatif sur l’allocation internationale. Dans un portefeuille, il conviendra donc au maximum de se prémunir contre ce risque en choisissant par exemple des parts d’OPCVM couvertes contre le change. Ces véhicules d’investissement existent le plus souvent pour les fonds investis aux Etats-Unis, en actions ou en obligations. Cette couverture a un coût, actuellement de l’ordre de 2 % par an. Elle a donc un intérêt pour l’investissement en actions, mais pas pour l’investissement en obligations dont les rendements sont trop faibles pour supporter ce coût. Autant privilégier alors les obligations d’entreprises européennes, dont les bilans sont souvent moins tendus.

 

Consulter le site Meeschaert Gestion Privée.