9 novembre 2020

 

Samedi 7 novembre à 11 h30, heure de New York, les médias américains annoncent finalement la victoire de Joe Biden.

 

Pour plus de la moitié des électeurs américains, et un grand nombre de personnes de par le monde, c’est une joie et un soulagement. Une certitude émerge : ce résultat est la victoire de la décence sur l’outrance, de la science sur l’ignorance.

 

 

Mon objectif, par ces quelques lignes, n’est ni de célébrer ni de critiquer, mais d’identifier ce que l’on sait, en évitant de tirer des conclusions sur ce que l’on croit savoir.

 

Laissons de côté, par exemple, les prédictions d’une grande banque de Wall Street qui table sur un affaiblissement du dollar, ou celles d’une autre qui annonce des rotations sectorielles.

Alors, que savons-nous ?

Tout d’abord, si la victoire de Joe Biden est absolue, le succès du parti démocrate est relatif. Son candidat remporte en effet le plus grand nombre de grands électeurs, mais aussi nettement le vote populaire, avec une avance de plus de 4 millions de voix sur Donald Trump. Le parti démocrate en revanche, toujours dominant à la chambre des représentants, voit sa majorité se rétrécir. Quant au Sénat, il n’est pas impossible qu’il se retrouve à égalité de sièges après les élections complémentaires en Géorgie du 5 janvier. Dans le meilleur des cas, ce parti aura besoin de la voix de la Vice-Présidente Kamala Harris pour atteindre la majorité.

 

Cette nouvelle donne électorale est extrêmement importante. Joe Biden ne sera pas soumis aux pressions de son parti, et notamment des extrêmes de celui-ci. C’est lui qui est plébiscité, et non pas le parti démocrate. Joe Biden a, tout au long de sa carrière, cherché à créer des consensus avec l’opposition. Ce point est capital pour les marchés financiers après quatre ans d’obstruction systématique.

Qu’attendre alors de son administration ?

Tout d’abord, la lutte contre l’épidémie et ses conséquences économiques et humaines. On peut certainement prédire une politique beaucoup plus à l’écoute de la science qui s’illustre par la première annonce de la future administration : la sélection d’un groupe de conseillers scientifiques et médicaux pour établir un plan de lutte contre le Covid-19. Par contre, toute la politique économique à mettre en place devra attendre son entrée en fonction le 20 janvier.

 

En choisissant les premiers membres de son cabinet, Joe Biden abattra ses premières cartes, dès l’annonce officielle du résultat des élections prévue seulement début décembre.

 

Le choix du prochain Secrétaire au Trésor sera, à ce titre, plus qu’un symbole. Si la gauche du parti démocrate souhaiterait voir Elisabeth Warren à ce poste, il est difficile d’imaginer Joe Biden nommer une personnalité qui, malgré toutes ses qualités, pourrait être qualifiée de « loup dans la bergerie ». Aujourd’hui, circulent les noms de Michael Bloomberg ou de Lael Brainard, Gouverneur de la Réserve Fédérale et proche de Jérôme Powell.

 

L’action économique, qui ne pourra commencer qu’après le 20 janvier, devra se concentrer sur deux axes principaux.

En premier lieu, les personnes et les entreprises les plus touchées par la pandémie : aide aux chômeurs, prêts sans remboursements aux petites entreprises et toute une panoplie de mesures destinées à favoriser la consommation et l’économie.

 

En second lieu, il faudra soutenir financièrement de toute urgence les Etats qui sont nombreux à être au bord de la faillite. Pour ce faire, Joe Biden devra obtenir aussi bien l’appui de la Réserve Fédérale qu’un consensus qu’il aura construit au Sénat.

 

Pour une bonne partie des électeurs de Joe Biden, la lutte contre le réchauffement climatique et la protection de l’environnement sont de première importance. Cette fois encore, le nouveau président commencera avec un symbole : une des premières décisions consistera à réintégrer les accords de Paris. La force de persuasion et la recherche des compromis seront, par la suite, déterminantes. Il ne s’agira certainement pas d’interdire la fracturation hydraulique ni les moteurs à combustion. D’ailleurs, Joe Biden se souviendra qu’il a été élu notamment grâce à l’Etat de Pennsylvanie, mais aussi que le Texas lui a échappé. Il lui faudra faire voter des budgets d’infrastructures et accorder des avantages fiscaux pour le développement des énergies renouvelables.

Joe Biden pourra-t-il réunir une majorité derrière ses ambitions louables ?

La politique étrangère du futur président sera certainement plus alignée sur les intérêts communs des Etats-Unis et de leurs alliés. Et pour les marchés financiers, une certitude rassure : ils n’auront plus à craindre un Tweet inattendu, augmentant la tension internationale et créant de la volatilité.

 

Nous pourrions continuer à passer en revue un secteur après l’autre, et nous aurons certainement le loisir de nous livrer à cet exercice dans un proche avenir. Concluons, à ce stade, par une statistique et un constat.

 

Depuis 1986, chaque nouveau mandat d’un président américain a vu des marchés progresser de 18,6 % en moyenne (source : Leuthold Group).

 

Le constat, enfin, relève de l’évidence. Après quatre années d’acrimonies, de déclarations tonitruantes et souvent mensongères, un retour au calme, à la civilité et, espérons-le, au dialogue ne pourra que bénéficier aux marchés financiers, comme à nous tous.

 

 

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