1er octobre 2019

 

Le comité Pro Persona est un cercle de réflexion composé de philosophes, théologiens et d’experts de la finance, il vise à approfondir les questions éthiques qui se posent à l’activité financière et économique.

 

Sa mission ? Contribuer à une recherche fondamentale et appliquée en faveur d’une finance au service de l’économie et d’une économie au service de la personne humaine. Pour partager les fruits de ses réflexions, Pro Persona édite des Cahiers, découvrez le troisième numéro de la séquence « Éthique » :

 

 

Affichons les valeurs de l’entreprise, défendons celles de la République, de l’école, etc. » Dans le discours, la référence aux valeurs est omniprésente. La valeur y prend le rang de règle fondamentale censée apporter un recours dans la confusion générale. Pourtant, sans même parler du décalage entre discours et actes, force est de constater que ces valeurs changent au gré de l’air du temps. Dès lors, peut-on vraiment se fier aux valeurs ?

Paradoxales valeurs

Dis-moi quelles sont tes valeurs, je te dirai qui tu es. Dans une société plurielle et marquée par le changement permanent, celui qui cherche à donner une cohérence à son action aura spontanément recours au vocabulaire des valeurs, un peu comme un marin dans la tempête cherche la lumière d’un phare. Cela est aussi vrai en entreprise : la rhétorique des « valeurs » a envahi le champ du discours des dirigeants, des managers et des communicants. On retrouve les valeurs partout, aussi bien dans les chartes d’entreprises que dans les discours politiques. Dans le débat public, le mot de valeur prend pour beaucoup le sens de norme absolue, d’idée incontournable du moment, de repère auquel on se raccroche quand on ne sait plus bien qui on est et où l’on va. Dans les périodes de crises ou de grands changements, ne faut-il pas revenir à « ses valeurs », c’est-à-dire à l’ADN, à l’identité la plus profonde, d’un individu ou d’un groupe ?

 

Mais ce qui est frappant, c’est l’extrême variabilité de ces valeurs censées former la colonne vertébrale des organisations et de leurs dirigeants. Certains revendiquent même cette création permanente de valeurs. De fait, nos échelles de valeurs sont perméables à l’air du temps, sans parler de l’écart abyssal entre les discours et les actes. Un ouvrage du philosophe Paul Clavier La Cote Argus des valeurs morales : arnaques ou bonnes affaires ? Testez-les ! s’est d’ailleurs amusé à tester la résistance des valeurs aux effets de mode et d’opportunité. Le résultat est éloquent : les valeurs morales apparaissent comparables aux valeurs boursières dont la cote monte ou descend selon l’état de l’offre et de la demande du marché.

Le marché des valeurs

Ce paradoxe ne vient-il pas en amont d’un contresens dans l’usage du mot valeur lui-même ? Car une valeur ne dépend-elle pas toujours d’une évaluation, et donc d’un évaluateur ? Autrement dit, la valeur de toute chose – d’une voiture, ou d’un ordinateur, par exemple – suppose, pour se manifester, la comparaison avec une autre, plus ou moins performante qu’elle. Dans ses emplois modernes, la notion de valeur ne saurait donc désigner quelque chose d’objectif car elle tire son sens d’une opération de valorisation, d’une appréciation par un sujet ou un collectif. D’ailleurs, ce que l’on appelle une valeur en bourse, une action, n’a rien d’un absolu, elle dépend du nombre d’acheteurs et de vendeurs, réels ou potentiels. En généralisant, on pourrait donc dire que toute valeur naît d’une opération de valorisation par comparaison et appréciation, comme c’est le cas pour tout produit sur un marché.

 

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