24 septembre 2019

 

Le comité Pro Persona est un cercle de réflexion composé de philosophes, théologiens et d’experts de la finance, il vise à approfondir les questions éthiques qui se posent à l’activité financière et économique.

 

Sa mission ? Contribuer à une recherche fondamentale et appliquée en faveur d’une finance au service de l’économie et d’une économie au service de la personne humaine. Pour partager les fruits de ses réflexions, Pro Persona édite des Cahiers, découvrez le deuxième numéro de la séquence « Ethique » :

 

L’éthique est aujourd’hui dans toutes les bouches. Mais ce n’est pas pour cela que, dans les esprits, la chose soit claire. D’autant qu’à l’âge relativiste qui est le nôtre, la seule bonne définition de l’éthique serait celle que chacun lui donne. Mais on voit bien que cette attitude vide le mot « éthique » de tout sens qui puisse être collectivement partagé. Dès lors, de quoi parle-t-on quand on parle d’« éthique » ?

La situation actuelle de l’éthique

Naguère, on parlait de morale. Ce terme a été remplacé par celui d’éthique, car il charrie dans son usage actuel une connotation négative : la morale perçue comme un ensemble de préceptes et d’interdits qui s’imposent à l’homme de l’extérieur. L’éthique, quant à elle, serait porteuse d’une promesse, celle d’une vie bonne qui soit choisie. Autant la morale symboliserait le carcan des contraintes collectives, autant l’éthique renverrait aujourd’hui à la riche diversité des trajectoires personnelles.

 

Il serait toutefois insuffisant d’en rester à ce partage entre la morale, synonyme de pression sociale, et l’éthique, gage d’épanouissement personnel. Car existe, même aujourd’hui, un sens collectif de l’éthique, sans quoi l’on ne comprendrait pas pourquoi ce terme d’éthique fait à ce point florès dans le monde économique et financier. Ne parle-t-on pas de commerce éthique, sans autre précision, comme si tout le monde s’accordait autour d’un sens communément partagé de l’éthique ? Néanmoins, aujourd’hui, quand l’éthique désigne une démarche collective, c’est souvent pour viser la seule coexistence des éthiques individuelles, ceci en un sens très minimal, compte tenu du relativisme ambiant, pour lequel un consensus autour du bien est réputé impossible. Est alors qualifié d’éthique ce qui garantit la coexistence des visions privées du bien et du mal, sans imposition d’un bien qui soit commun. Est éthique ce qui garantit l’extension des droits individuels, comme les décisions des comités d’éthique le montrent souvent. On réussit alors ce tour de force de parler d’éthique tout en s’interdisant d’admettre que le Bien existe.

Du bien partiel au bien intégral

Mais n’aurait-on pas perdu, ce faisant, le sens authentique de l’éthique ? Car, qu’on se l’avoue ou non, l’éthique a forcément à voir avec le bien. Cela soulève donc la question : qu’est-ce que le bien ? Ici, il faut distinguer deux types de situation. La première est celle où une réalité est un bien seulement sous un certain aspect : un bon investissement est en ce sens un investissement rentable, c’est-à-dire qui nous procure un rendement, ce qui est un bien. Mais nous ne sommes pas encore dans le bien au sens éthique. Car un « bon » investissement, au sens de la rentabilité financière, n’est pas pour autant un investissement éthique.

 

Il faut donc envisager une deuxième situation, celle où un bien n’est pas seulement un bien pour moi, mais aussi un bien en soi. Le bien au sens spécifiquement éthique est celui que nous pouvons voir dans une réalité comme un bien tout court, sans plus. Reprenons l’exemple de l’acte d’investir. Un bon investissement est bon au sens éthique si et seulement si je prends en compte l’intégralité de ses dimensions : l’intention de l’investisseur, l’objet de l’investissement, sa contribution au bien commun, sa rentabilité, son respect de la dignité de la personne humaine, etc. Un bon investissement sera un bien au sens éthique, un bien tout court, s’il est bon sous tous ces aspects. Cela vaut éminemment pour toute une catégorie de biens comme la justice, la vérité, la paix, etc., qui sont des biens en eux-mêmes. Bref, la première caractéristique du bien éthique est l’intégralité : c’est un bien pour tout l’homme (et pas seulement pour la satisfaction de tel ou tel aspect de sa vie), et un bien pour tous les hommes (et pas uniquement pour certains). Par là est manifestée la distinction entre une démarche éthique et une démarche utilitariste.

 

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