12 novembre 2019

 

Le comité Pro Persona est un cercle de réflexion composé de philosophes, théologiens et d’experts de la finance, il vise à approfondir les questions éthiques qui se posent à l’activité financière et économique.

 

Sa mission ? Contribuer à une recherche fondamentale et appliquée en faveur d’une finance au service de l’économie et d’une économie au service de la personne humaine. Pour partager les fruits de ses réflexions, Pro Persona édite des Cahiers, découvrez le quatrième numéro de la séquence « Responsabilité » :

 

Le risque a deux facettes : il fait peur à certains et en fascine d’autres. C’est pourquoi la société dans son ensemble est marquée en même temps par une allergie au risque jusqu’à chercher à atteindre par tous les moyens le « risque zéro », et par une fascination pour des comportements à risque jusqu’à tolérer une témérité pouvant avoir des conséquences terribles sur l’ensemble de la société. Alors quelle place pour le risque ?

Le risque et sa dualité de sens

Le risque contient une dualité de sens :
• Soit il est envisagé comme une simple incertitude face à une issue possible, qui peut être soit un gain soit une perte. L’appât du gain, quel qu’il soit, pousse alors à prendre des risques, parfois jusqu’à la témérité.
• Soit il est envisagé uniquement sous l’angle de l’aléa négatif, à savoir comme une perte possible et donc comme un danger éventuel. La peur de perdre pousse, quant à elle, à diminuer toujours plus les risques jusqu’à atteindre le « risque zéro ».

 

Ce deuxième sens l’emporte habituellement sur le premier. Ainsi, en cherchant à écarter toute perte possible ou tout danger éventuel, on en vient à vouloir éviter d’emblée tout risque dans son premier sens, avec pour conséquence inévitable celle de nier la liberté et la contingence inhérentes à toute action humaine.

Du « risque zéro » au risque maximal

Dans la pratique de la vie économique et financière, on constate que la sécurité maximale génère la témérité maximale. C’est une contradiction, mais elle est bel et bien là :
• D’un côté, on tend de plus en plus vers le « risque zéro » par la mise en place d’un contrôle des risques de plus en plus serré, avec une batterie de procédures d’évaluation des risques, de vérification du respect de la légalité et de la déontologie, au point que le contrôle des risques a une influence décisive, et parfois même le dernier mot, sur la stratégie d’une entreprise ou d’un établissement financier.
• D’un autre côté, il faut bien constater que c’est aussi pour pouvoir prendre des risques toujours plus importants que l’on crée un univers toujours plus garanti contre les risques. En effet, même après la crise des subprimes de 2007-2008, on continue à structurer des montages financiers porteurs de risques systémiques inconsidérés. Le surendettement croissant des États souverains en est un exemple.

 

Bref, nous vivons dans un environnement économique et financier à la fois « risquophobe » et qui peut aussi s’effondrer du jour au lendemain comme un château de cartes. Ce sont, tout compte fait, les deux faces de la « bulle » : quand on est dedans, on est « dans sa bulle », c’est-à-dire en sécurité, mais la bulle elle-même, vue de l’extérieur, peut éclater en un instant. Certains dirigeants jouent sans vergogne sur les deux tableaux : ils exigent de leurs équipes à la fois un contrôle des risques maximal et une prise de risque maximale afin de dégager un profit maximal.

 

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