22 juillet 2019

 

Le comité Pro Persona est un cercle de réflexion composé de philosophes, théologiens et d’experts de la finance, il vise à approfondir les questions éthiques qui se posent à l’activité financière et économique.

 

Sa mission ? Contribuer à une recherche fondamentale et appliquée en faveur d’une finance au service de l’économie et d’une économie au service de la personne humaine. Pour partager les fruits de ses réflexions, Pro Persona édite des Cahiers, découvrez le quatrième numéro de la séquence « Argent » :

 

 

L’argent est plein de paradoxes, qui en font un mystère. Sans valeur d’usage par lui-même, il fascine. Pure convention sociale, il domine nos sociétés. Pur élément matériel, il est placé par les Evangiles face à Dieu dans un choix radical : on ne peut servir deux maîtres, Dieu ou Mammon. En même temps, l’argent est incontournable : nous ne pouvons pas ne pas l’utiliser. Comment le remettre à sa place sans succomber à sa fascination ?

Les paradoxes de L’argent

On sait que l’argent est l’instrument commun de mesure des échanges. Georg Simmel nous rappelle sa capacité à être une représentation universelle, formellement neutre, de toute valeur économique. Mais l’argent a une puissance de fascination qui va bien au-delà de son rôle utile. Il y a, en cela, un mystère de l’argent.

 

On a déjà du mal à discerner son impact sur la société. Certains, comme Simmel, voient en lui un instrument de libération de l’individu, puisqu’il lui permet de se dégager des liens multiples que comportent les relations humaines. J’ai payé donc je suis quitte. Mais d’autres, au contraire, dénoncent en lui un facteur de déshumanisation, réduisant tout à sa valeur économique. Comment le même instrument peut-il ainsi produire des effets perçus de façon si opposée ?

 

On a aussi du mal à apprécier ce qui le fonde. En soi il n’a aucune valeur, surtout aujourd’hui où il n’a plus rien à voir avec un métal précieux ou équivalent. C’est donc une pure convention sociale : bâtie à partir de rien, elle peut se réduire à rien en un instant. Mais on connaît son rôle central dans la société. Comment une pure convention peut-elle produire de tels effets ?

 

On a encore plus de mal à expliquer pourquoi, alors que la neutralité de l’argent devrait entraîner une indifférence émotionnelle totale, on aboutit souvent au résultat inverse. Voie d’accès à tout ce qui est désirable, il devient lui-même suprêmement désiré et donc fascinant. Réussir sa vie aujourd’hui, c’est faire fortune. Les stars du sport ou du spectacle fascinent par leurs gains. Sa neutralité fonctionnelle dissimule une potentielle absence de neutralité existentielle. C’est ce qui explique à l’inverse que l’argent suscite aussi, à l’occasion, de la répulsion, et que le gain soit suspect aux yeux de beaucoup.

 

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