11 mai 2021

 

Le comité Pro Persona est un cercle de réflexion composé de philosophes, théologiens et d’experts de la finance, il vise à approfondir les questions éthiques qui se posent à l’activité financière et économique.

 

Sa mission ? Contribuer à une recherche fondamentale et appliquée en faveur d’une finance au service de l’économie et d’une économie au service de la personne humaine. Pour partager les fruits de ses réflexions, Pro Persona édite des Cahiers, découvrez le cinquième numéro de la séquence « Finance et marché » :

 

 

Les plaintes et litiges entre débiteurs et créanciers datent des origines du monde. Les méfaits variés de l’endettement remplissent les médias. Pourtant les sociétés recourent massivement à la dette, notamment pour financer leurs besoins, justifiés ou non. Mais ensuite la dette peut devenir un terrible boulet. Quel est donc le sens de ce fait humain qu’est la dette, à la fois nécessaire et universel ?

La dette, fait humain universel

L’étymologie est claire : la dette est un devoir, le latin debere étant à l’origine des deux mots. Une dette, c’est de l’argent (ou un bien ou service) que nous avons normalement le devoir de rendre. Car l’idée de dette implique celle de retour : si nous devons rendre, c’est dans une majorité de cas parce que nous avons reçu, d’une façon telle que cela impliquait la nécessité de ce retour. La forme la plus directe en est le prêt : si on me prête, c’est qu’un propriétaire me laisse disposer de son bien, mais sachant qu’il reste sa propriété s’il n’est pas consommé ou que je doive rendre l’équivalent, dans le cas contraire (argent par exemple). Et si je dois rendre, c’est parce que ce devoir était partie constitutive du prêt, et que je me suis engagé à rendre, j’ai promis. Ce devoir peut être sanctionné moralement ou socialement, mais très fréquemment juridiquement : un tribunal fait alors respecter l’engagement.

 

Mais il est à noter qu’une dette ne suppose pas nécessairement un prêt, et donc de façon sous-jacente une forme d’échange. Ce peut être en effet une compensation due à un préjudice (je dois réparer un dommage); ou l’effet d’un devoir reconnu par la loi, qui crée une obligation au profit de quelqu’un, et par là devient une créance (pension alimentaire par exemple). L’effet est dans tous les cas le même que pour la dette issue d’un prêt : obligation de rendre, en général de l’argent, à un certain moment. La cause n’en est alors pas une prestation que le débiteur aurait reçue : si on doit verser une pension alimentaire pour un enfant, c’est qu’on en a le devoir. Comme les mots l’indiquent, une dette découle d’un devoir. C’est une relation, selon des termes stipulés strictement. Ainsi comprise, la dette est une part normale et naturelle de la vie économique commune, dès qu’il y a une forme de propriété privée. Sauf à être associé, l’absence de dette impliquerait que chacun n’ait accès qu’à ses propres biens. La dette joue donc un rôle majeur au service du bien commun. Le devoir de rembourser résulte de sa logique même : il n’y aurait pas eu prêt si le créancier n’était pas raisonnablement assuré de voir la dette remboursée, c’est-à-dire que le débiteur exécute ce qu’il a le devoir de faire, et donc se conforme à la justice, qui exige de donner à chacun ce qui lui est dû.

La dette et Les autres formes d’échange

Qui dit dette en ce sens dit propriété privée, et en désigne un usage possible. Le propriétaire garde son droit de propriété, mais permet à quelqu’un d’en user pendant un temps. Mais il y a d’autres usages économiques possibles de la propriété. Ainsi l’échange marchand, qui remplace une propriété par une autre, mais, contrairement à la dette, s’arrête au moment de l’échange. Dans l’investissement en actions, l’investisseur échange de fait son argent contre un titre de propriété, en général une part dans une société, mais il ne peut exiger un remboursement. Il y a aussi le don, qui transfère la propriété du bien. Ce dernier cas peut être plus ambigu : si en principe le don n’a pas d’effet ultérieur, en réalité l’inverse est parfois vrai. Des gens invités vont estimer qu’ils doivent rendre; de même qui reçoit un cadeau. Ils ont donc l’idée que s’ils reçoivent, sans compenser ce don par un contre-don, il y a déséquilibre; cela peut même créer une forme de dépendance à l’égard du donateur, importante dans les sociétés anciennes (on disait : « je suis votre obligé ») et parfois aujourd’hui encore. En un sens donc, l’ombre de la dette peut hanter le don, même si ce dernier est normalement gratuit.

 

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