19 mai 2020

 

Le comité Pro Persona est un cercle de réflexion composé de philosophes, théologiens et d’experts de la finance, il vise à approfondir les questions éthiques qui se posent à l’activité financière et économique.

 

Sa mission ? Contribuer à une recherche fondamentale et appliquée en faveur d’une finance au service de l’économie et d’une économie au service de la personne humaine. Pour partager les fruits de ses réflexions, Pro Persona édite des Cahiers, découvrez le sixième numéro de la séquence « Éthique » :

 

 

On ne parle plus guère de charité aujourd’hui. On pense que justice et solidarité suffisent à garantir un monde meilleur. L’expérience montre qu’il n’en est rien. En réalité, la charité dépasse la solidarité en ce qu’elle fait du don une condition de viabilité de toute société humaine. Vision prophétique, elle en viendrait ainsi à structurer la société. Quel est donc l’apport propre de la charité à la construction du monde ?

Solidarité et justice

La charité, aujourd’hui, est souvent perçue comme un acte condescendant et humiliant. « Faire la charité », ou au contraire « je ne veux pas de la charité », laissent alors un arrière-goût d’humiliation pour celui qui bénéficie de la charité, et de puissance pour celui qui fait œuvre de charité. « Faire la charité » est souvent associé à faire l’aumône. Au-delà, on bâtit un triptyque : aumône, charité, solidarité. On est tenté de dire que c’est par charité que nous faisons un acte de solidarité qui se traduit par une aumône. Pourtant, cette logique ne prend en compte qu’un aspect de chacune de ces trois réalités. Car, par charité, nous pouvons aussi ne pas faire l’aumône, si cette aumône est utilisée à mauvais escient. En revanche, nous pouvons, malgré tout, faire cette aumône mal utilisée par solidarité ou simple justice.

 

En outre, il manque un pivot à notre triptyque : la justice. Être juste, c’est rendre ce qui est dû à qui cela est dû. La question est de savoir ce qui est dû, donc de connaître le bénéficiaire (personnel ou collectif) de la justice. Si la justice est le respect du droit, l’injustice, à l’inverse, est la privation de cet état de droit. Un homme a droit à ses biens : c’est justice. Ce qui est anormal, c’est la privation de ce droit, ce qui devient injustice. Ainsi, voler est une injustice.

Au-delà du subjectif

La solidarité, quant à elle, est souvent entendue comme une forme d’altruisme, comme l’élan de générosité envers des personnes en situation de difficulté ou pour pallier les déficiences de la justice sociale. ,La détresse est évaluée selon deux critères. D’abord, celui du ressenti personnel, faisant de chacun la norme de son jugement. Ainsi, mon confort de vie personnel peut mettre la barre plus ou moins haute dans le domaine du confort et donc de mon degré d’appréhension de ce qui est détresse, voire injustice. Mais cette perception est relative et ne considère pas en premier lieu le besoin propre à la personne ou à la situation. Autrement dit, cette subjectivité ne se pose pas d’abord la question de ce qui est dû, donc de la justice véritable. L’action solidaire sera donc fonction de l’émotion ressentie par chacun selon ses propres critères. Elle ne sera pas nécessairement juste, et si elle l’est, elle le sera comme corollaire de ma subjectivité et non comme objet premier du bien de l’autre. Si cet élan du cœur traduit une générosité profonde, elle marque pourtant un certain dévoiement de cet élan. Il conviendrait donc d’appeler cet élan « générosité » plutôt que « solidarité ». Le vrai sens de la solidarité est le lien organique qui unit chaque être et qui fait que tout acte posé, même lointain et isolé, a des conséquences sur le reste du monde. Cette conséquence est automatique du fait de cette solidarité qui tient uni le monde et pose alors la question de la responsabilité.

 

La solidarité peut être accompagnée de générosité, mais, même sans générosité, le lien organique de solidarité demeure. Je pose un acte solidaire quand mes actions contribuent au bien des autres. C’est pourquoi, la solidarité comprend la justice comme base et étalon de mesure de mes actes.

 

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