6 avril 2018

 

Quelques semaines après le massacre du lycée de Parkland en Floride, qui a coûté la vie à 17 adolescents et bouleverse l’Amérique, une question fondamentale se pose. Comment mettre fin à ces tueries de masse, 208 dans des écoles en vingt ans, 30 000 victimes d’armes à feu chaque année ?

 

USA_port armes

 

Cela fait bien longtemps que les armes automatiques, capables de tirer en rafale des centaines de cartouches à la minute, ont remplacé le mousqueton en bois à un coup. Il semblerait donc logique que les autorités politiques et judiciaires se penchent sur le deuxième amendement de la Constitution, qui date de 1791, pour l’adapter à notre époque.

 

Mais une organisation, la National Riffle Association (NRA), s’oppose à tout changement. Fondée en 1871, ses représentants défendent inlassablement le « droit naturel » des Américains à porter une arme à feu « pour pouvoir se défendre ». Avec 5 millions de membres, le pouvoir de ce lobby – parmi les plus puissants de Washington – provient des sommes d’argents considérables qu’il dépense lors de chaque élection : près de 400 millions de dollars annuellement. Les candidats désireux de réformer, même d’une façon ténue, le droit au port d’arme, se heurtent à un barrage de publicité négative les taxant notamment de traîtres ou d’ennemis de la liberté. Et c’est ce qui explique qu’après chaque massacre, la moindre idée de réforme soit si vite enterrée. Aujourd’hui encore, dans la plupart des Etats, un jeune de 18 ans n’est pas autorisé à acheter une bière dans un supermarché alors qu’il peut entrer dans une armurerie pour s’offrir une arme de guerre.

 

Pourtant, un mouvement grandissant aux Etats-Unis semble réussir là où les politiciens ont échoué. Initié par les élèves du lycée de Parkland, qui se sont mobilisés sur les réseaux sociaux, il a entraîné dans la rue des millions de jeunes qui ont – enfin – été entendus. Car contre toute attente, c’est la société civile qui a répondu à leur appel. C’est ainsi que chaque jour, de nouvelles entreprises prennent des mesures allant à l’encontre des juridictions établies. Suspension des ventes d’armes automatiques, âge minimum relevé, contrôles renforcés par Walmart ou Dick Sporting Goods (l’une des plus grandes chaînes de magasins de sport américaines) : le secteur de la distribution n’est pas le seul concerné. Des enseignants de Floride ont pris conscience que leur caisse de retraite détenait des actions de American Outdoor Outfitters, le fabricant du AR-15 de Smith and Wesson. Et la pression monte pour inciter l’ensemble des gestionnaires de fonds à céder toutes leurs positions investies dans le secteur de la fabrication et de la vente d’armes. Certains établissements, comme Citigroup, prennent aussi les devants. Des banques suspendent leur émission de cartes de crédit au nom de la NRA. Des compagnies aériennes, comme Delta et United Airlines, ou encore des loueurs de voitures, comme Hertz et Avis, suspendent leurs programmes d’offres promotionnelles dédiées aux membres de cette organisation. Blackrock, le géant mondial de la gestion d’actifs, envisage quant à lui d’exclure les actions des fabricants d’armes de ses gestions, pendant que YouTube retire de sa plateforme les vidéos concernant l’achat et la transformation d’armes à feu en fusils automatiques… La liste ne cesse de s’allonger.

 

Une révolution citoyenne a commencé. Poussée par les jeunes générations, qui rejettent un monde où on risque sa vie en allant à l’école et s’appuient sur l’utilisation des réseaux sociaux, la société civile réagit et se substitue aux institutions politiques.

 

Ce mouvement fait écho aux réactions des sociétés qui ont mis en place, il y a quelques mois, des politiques actives de protection de l’environnement et de développement durable, alors même que le Président Trump avait renié avec fracas l’accord de Paris sur le climat.

 

Une preuve de plus, s’il en faut, du rôle que l’économie en général – et la finance en particulier – peuvent et doivent jouer, pour contribuer au bien commun, en agissant pour le respect de l’être humain et de son environnement.

 

Consulter le site de Meeschaert Financial Services.