Rappeler le mécanisme d’un double marché du franc français est un peu comme sortir du grenier les vieilles robes de nos grands-mères.

 

L’interdiction de sortie des capitaux

En vigueur au début de l’ère Mitterrand, le double marché des changes a disparu il y a un peu moins de quarante ans. Il consistait à interdire toute sortie de capitaux et à les limiter pour les résidents français à une portion congrue. En d’autres termes, une banque résidente française, n’était pas autorisée à prêter du franc à une autre banque non résidente, qu’elle soit française ou non. En pratique, une entreprise qui recevait des dollars en paiement de ses exportations ne pouvait vendre à terme ces dollars : elle devait attendre qu’ils soient versés sur son compte pour les céder au prix du marché. En vendant ses avions par exemple, Airbus n’aurait pu se couvrir par avance des fluctuations du dollar et en aurait subi de plein fouet les conséquences.

 

L’existence de deux marchés

Sur le marché du franc domestique, les banques résidentes, sous l’égide de la Banque de France, pouvaient consentir des prêts et des emprunts entre elles. Elles fonctionnaient en circuit fermé, le niveau des taux d’intérêt étant régulé par la banque centrale.

Le marché de l’euro franc, qui concernait les banques non résidentes et non contrôlées par la Banque de France, s’équilibrait de lui-même, mais souvent avec des taux très différents du marché domestique, notamment lorsque le franc subissait des attaques. Les spéculateurs non-résidents et vendeurs à découvert cherchaient à couvrir leurs positions débitrices en empruntant de l’euro franc à des taux avoisinant parfois 100 % pour le taux au jour le jour. Enfin, l’achat de titres étrangers, comme les actions américaines, se faisait par le marché spécifique de la devise titre, totalement déconnecté de la parité dollar contre franc. A partir de 1985, l’apparition de nouvelles techniques financières, notamment les marchés à terme et optionnels, a finalement rendu caduque ce double marché enterré par Pierre Bérégovoy.

 

Un mécanisme rendu obsolète par le tout numérique

Ce sujet invoqué par quelques candidats à la présidence nostalgiques du franc, alors que les moyens de paiement sont aujourd’hui totalement numérisés, mérite réflexion. Ainsi, si ce mécanisme était remis au goût du jour, tout Français passant ses vacances à l’étranger ne pourrait utiliser sa carte bleue. Tous les achats en ligne devraient être interdits puisqu’internet permet aisément de sortir des devises du territoire. Enfin, les moyens de paiement électroniques, comme les Bitcoins ou autres monnaies parallèles, fleuriraient comme les pâquerettes au printemps, créant un désordre absolu et un franc totalement hors de contrôle.

 

En matière de change, la parité ne se décrète pas car la valeur d’une monnaie est basée sur la confiance. A l’ère du numérique, le contrôle des changes est devenu obsolète. Les Grecs s’en sont si bien rendu compte qu’ils ont décidé de rester dans la zone euro.