29 juin 2017

 

Soucieux d’assurer la responsabilité morale de leurs placements, les investisseurs du fonds Proclero peuvent partager avec la Communauté Saint-Martin leurs réflexions sur l’éthique et l’enseignement de la Doctrine Sociale de l’Eglise. Dans cette optique, Maxime Vermesse échange avec Don Pascal-André Dumont, Économe général de la Communauté Saint-Martin, sur des questions fréquemment posées.

 

Maxime Vermesse : pourquoi la finance a-t-elle besoin d’une éthique ?

Don Pascal-André Dumont : On pourrait penser que la finance étant seulement une technique de gestion et de fructification de l’argent, elle n’a que faire de considérations morales. Certes, un investisseur pourrait, si ce sont ses valeurs, introduire une dimension éthique dans ses choix financiers, mais de façon optionnelle.

Cette manière de voir, pour séduisante qu’elle soit, est abstraite. La confiance est l’oxygène sans lequel la finance ne peut respirer. Et comment installer la confiance dans un climat où l’éthique n’est pas garantie ? Oublier que l’éthique est une condition essentielle de la bonne marche de la finance conduit à de graves dérives, comme la crise de 2008 l’a tragiquement illustré. Le but de la finance éthique, s’il en est ainsi, comme l’écrivait le pape Benoît XVI, n’est pas seulement que « naissent des secteurs ou des lignes éthiques dans l’économie ou dans la finance, mais elle vise à ce que toute l’économie et toute la finance soient éthiques ».

 

Maxime Vermesse : un fonds éthique : juste une étiquette ?

Don Pascal-André Dumont : Depuis que les fonds qualifiés d’« éthiques » ont vu le jour en France, dans les années 1980, et surtout depuis que le potentiel vendeur de ce qualificatif d’« éthique » s’est avéré important, la tentation n’a pas toujours été surmontée de faire de l’éthique une sorte de devanture attractive sans véritable correspondant réel. Comme l’écrit le pape Benoît XVI dans son encyclique Caritas in veritate (La charité dans la vérité) de 2009, « on note un certain abus de l’adjectif « éthique » qui, employé de manière générique, se prête à désigner des contenus très divers, au point de faire passer sous son couvert des décisions et des choix contraires à la justice et au véritable bien de l’homme ».

Pour que l’éthique ne soit pas seulement une étiquette, il est donc impératif, pour l’investisseur, d’avoir l’assurance que les choix de placements sont réellement éthiques. Il ne peut se décharger de sa responsabilité en faisant confiance à une certification purement extérieure. Il lui revient de vérifier qu’un fonds est éthique non seulement sur la forme, mais aussi sur le…fond.

 

Maxime Vermesse : une finance éthique n’est-elle pas utopique ?

Don Pascal-André Dumont : Souvent, on entend dire que le projet d’une finance éthique est déconnecté du réel, comme si la réalité de la finance se partageait en deux domaines : d’un côté, la finance effective, dans laquelle l’éthique ne joue aucun rôle, et de l’autre des initiatives ayant recours à des critères extra-financiers, mais qui soit ne sont financièrement pas viables, soit, sont fiables au prix de compromis douteux qui les rendent non-éthiques.

Ce partage est ruineux. Il oublie qu’entre le mal réel et le bien idéal existe le meilleur possible. La recherche du meilleur possible, voilà ce qui sous-tend le projet d’une finance éthique à la fois ambitieuse et réaliste. Si les entreprises cotées au CAC 40 ne sont pas parfaitement éthiques, cela ne peut nous dispenser de l’effort de chercher les pistes d’investissement qui, dans le contexte qui est le nôtre, sont ce qu’il y a de mieux, non pas absolument, mais relativement à ce qui existe. Sinon, pour paraphraser Charles Péguy, nous aurons les mains pures, mais nous n’aurons pas de mains.

 

Maxime Vermesse : la crise de 2008, qu’en dit l’Eglise ?

Don Pascal-André Dumont : Assurément, nous vivons dans un monde qui produit plus de diagnostics sur les crises que nous vivons que de solutions concrètes pour les traverser. Parmi ceux qui ont été portés sur la crise financière de 2008 se trouve celui de l’Église catholique qui dénote singulièrement dans le paysage actuel. En effet, la plupart des analystes considèrent la crise comme étant « systémique », au sens où ils y ont lu les dysfonctionnements d’un certain type de système financier. Ou alors, ils l’ont décryptée comme une crise de régulation, au sens où la crise s’expliquait pour eux par l’absence de règles du jeu financier.

L’Église catholique a quant à elle discerné, au-delà de ces phénomènes bien réels, une autre source : elle a vu dans la crise de 2008 une crise profondément éthique et anthropologique. Benoît XVI écrivait en 2009 : « Si l’un des éléments clés de la crise est le recul de l’éthique dans les structures économiques, cette même crise nous enseigne que l’éthique n’est pas « externe » à l’économie, mais « interne », et que l’économie ne peut pas fonctionner si elle ne renferme pas une composante éthique ». Quant au pape François, il affirme en 2013 : « La crise financière que nous traversons nous fait oublier qu’elle a à son origine une crise anthropologique profonde : la négation du primat de l’être humain ! ».

 

Consulter le site ProcleroProclero est un fonds de partage, géré par Meeschaert Asset Management, qui vise à contribuer à la formation des prêtres de la Communauté Saint-Martin.