12 juin 2017

 

Soucieux d’assurer la responsabilité morale de leurs placements, les investisseurs du fonds Proclero peuvent partager avec la Communauté Saint-Martin leurs réflexions sur l’éthique et l’enseignement de la Doctrine Sociale de l’Eglise. Dans cette optique, Maxime Vermesse échange avec Don Pascal-André Dumont, Econome général de la Communauté Saint-Martin, sur des questions fréquemment posées.

 

Maxime Vermesse : Existe-t-il une finance catholique ?

Don Pascal-André Dumont : On parle aujourd’hui couramment de « finance catholique », sur le modèle de l’appellation « finance islamique », laquelle est reconnue officiellement en France depuis 2008. La finance catholique serait alors aux catholiques ce que la finance islamique est aux musulmans. Pourtant, cette expression de « finance catholique », pour commode qu’elle soit, est inadéquate pour décrire ce que l’Église catholique entend promouvoir comme type de finance.
Car les critères mis en avant par l’Église catholique s’agissant du monde de la finance ne sont pas confessionnels, mais éthiques. Ce qui préoccupe l’Église catholique s’agissant de la finance est qu’elle soit au service de l’homme, de tout homme et de tout l’homme.
Il n’est pas spécifiquement catholique de dénoncer, comme le fait le pape François, l’idolâtrie de l’argent et la « dictature de l’économie dépourvue de visage et d’objectif véritablement humain ». Si l’Église catholique s’engage ainsi pour une finance dont l’humain soit le centre, c’est en tant qu’ « experte en humanité », comme le disait le pape Paul VI : le but de l’Église catholique n’est donc pas de constituer une « finance catholique », mais de promouvoir tout ce qui peut contribuer à réconcilier finance et dignité de l’homme, par-delà les différences confessionnelles.

 

Maxime Vermesse : L’Église est-elle habilitée à parler de sujets financiers ?

Don Pascal-André Dumont : Dans un pays comme la France, très marqué par la culture de la laïcité, il pourrait paraître déplacé que l’Église catholique se prononce sur un sujet aussi profane que celui de la finance.
Pourtant, nous constatons aussi que le monde attend de l’Église catholique une contribution sur les grandes problématiques qui concernent notre monde commun.
Par exemple, quand deux pays sont en guerre, n’est-il pas normal, pour tous, croyants ou non, que le pape appelle à la paix, comme le pape François l’a fait pour le conflit israélo-palestinien ? De même, quand en 2008 la crise financière s’est déclenchée, l’Église catholique a fait part de son analyse et de ses préconisations. Car rien de ce qui est humain ne lui est étranger et nombreux sont les catholiques, dans le monde, qui travaillent dans le secteur de la finance.
L’Église est habilitée à parler des sujets financiers, car ces derniers ne sont pas seulement techniques, mais éthiques.

 

Maxime Vermesse : Le pape François est-il « contre la finance » ?

Don Pascal-André Dumont : Comme le pape François l’a dit lui-même dans un entretien accordé au journal italien La Stampa, « il n’y a rien, dans ce que j’ai écrit, qui ne se retrouve pas dans la Doctrine Sociale de l’Église ».
Le pape François ne s’en prend pas à la finance en tant que telle, mais « aux idéologies qui défendent l’autonomie absolue des marchés et de la spéculation financière » (La joie de l’Évangile), ce qui est très différent.
Comme il l’écrit dans ce même texte : « Le pape aime tout le monde, riches et pauvres, mais il a le devoir, au nom du Christ, de rappeler que les riches doivent aider les pauvres. Je vous exhorte à un retour de l’économie et de la finance, à une éthique en faveur de l’être humain ».

 

Maxime Vermesse : Qu’est-ce la Doctrine Sociale de l’Eglise ?

Don Pascal-André Dumont : L’appellation « Doctrine Sociale de l’Église » désigne le message de l’Église catholique sur les réalités politiques, sociales, économiques, financières et environnementales.
Ce corpus de textes et de réflexions, qui remonte dans son inspiration aux origines du christianisme, a pris une forme plus organisée à partir du XIXe siècle. On parle de « doctrine », c’est-à-dire d’« enseignement », pour désigner le fait que l’Église catholique, sur les sujets de société, ne prend pas des positions à géométrie variable, mais se prononce d’après des principes fondamentaux (le principe personnaliste, le principe du bien commun, de subsidiarité, etc.) et d’après une pensée cohérente. Cette pensée prend bien sûr sa source dans la foi chrétienne, mais aussi dans la rationalité commune à tous les hommes, quelle que soit leur confession. On peut trouver un résumé de la Doctrine Sociale de l’Église dans un texte, le Compendium de la Doctrine Sociale de l’Église.

 

Maxime Vermesse : La gratuité a-t-elle une place dans la finance et l’économie ?

Don Pascal-André Dumont : C’est une intuition prophétique du Pape Benoît XVI exprimée dans son encyclique « Caritas in veritate », publiée le 29 juin 2009 : « Le grand défi qui se présente à nous, qui ressort des problématiques du développement en cette période de mondialisation et qui est rendu encore plus pressant par la crise économique et financière, est celui de montrer, au niveau de la pensée comme des comportements, que non seulement les principes traditionnels de l’éthique sociale, tels que la transparence, l’honnêteté et la responsabilité ne peuvent être négligés ou sous-évalués, mais aussi que dans les relations marchandes le principe de gratuité et la logique du don, comme expression de la fraternité, peuvent et doivent trouver leur place à l’intérieur de l’activité économique normale. C’est une exigence de l’homme de ce temps, mais aussi une exigence de la raison économique elle-même. C’est une exigence conjointe de la charité et de la vérité » (n°36).
Le principe de gratuité, la logique du don, le partage ne sont pas une option, mais une exigence intrinsèque à l’économie elle-même, inséparable de la logique du profit. Le profit et le partage sont donc les deux poumons de la finance et de l’économie.

Consulter le site Proclero.com. Proclero est un fonds de partage, géré par Meeschaert Asset Management, qui vise à contribuer à la formation des prêtres de la Communauté Saint-Martin.